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Michel Julliard peint des enveloppes tous les matins, avant de passer au chevalet plus
traditionnel./Photo DDM
Au mois de juin, le musée Denys-Puech accueillera l'exposition « Merz & Moticos » qui réunit des œuvres de Kurt Schwitters et de Ray Johnson. Fondateur
du mail art, Ray Johnson n'a jamais été exposé en France.
L'exposition « Merz & Moticos » est une première nationale. « Une exclusivité » comme l'a qualifiée le conservateur
du musée Soulages, Benoît Decron, à qui l'on doit en grande partie la tenue de cet événement exceptionnel à Rodez. Cette expo, réalisée par les musées de Rodez, a été créée par le Max Ernst
museum de Brühl. Elle réunit les œuvres de l'Allemand Kurt Schwitters et de l'Américain Ray Johnson. Deux artistes très différents du XXe siècle mais qui ont en commun d'avoir utilisé le
collage comme technique de prédilection. Pour sa part, Ray Johnson, qui n'a jamais été exposé en France, a fait profiter ses contemporains de ses travaux en utilisant la poste. Il est
considéré comme le fondateur du mail art. Rencontre avec le peintre aveyronnais, Michel Julliard, qui pratique le mail art depuis 30 ans.
Cet été, les musées ruthénois exposent les travaux de Ray Johnson, on le qualifie de « père » du mail art, que
représente-il pour vous qui êtes un des artistes aveyronnais les plus prolixes dans ce domaine ?
À partir du moment où on crée des enveloppes peintes, Ray Johnson est incontournable. C'est le précurseur, il a même
monté une école autour de ça. C'est un type atypique, qui vient d'un milieu ouvrier. Après les Beaux-Arts, aux États-Unis, il a rejoint le mouvement post-dadaïste. Le mail art consiste à
faire circuler des œuvres d'art, qui ne sont pas vendues, en se servant de la poste. Du don et de l'échange, c'est la base. ça lui a permis aussi de sortir du milieu des galeries. D'amener
l'art à la portée de tout le monde, qu'il n'y ait plus des gens qui décident de ce qui est artistique ou de ce qui ne l'est pas.
Comment ça marche ?
On lance des thèmes, ça peut être n'importe quoi : très politique ou très farfelu. On fait un appel, aujourd'hui on a des
listings qui circulent sur Internet, à plein de gens, artistes ou non, aux enfants aussi et dans les écoles… On leur demande de travailler sur le thème et il faut absolument que ça passe par
la poste. C'est la seule contrainte. Il n'y a pas de jury, pas de retour, pas de vente, mais tout est montré. La seule chose que les gens ont en échange c'est la liste des participants avec
leur adresse de façon à ce qu'ils puissent relancer la machine, ailleurs sur un autre thème.
Comment êtes-vous venu au mail art ?
ça fait plus de trente ans, je faisais des enveloppes peintes, contre Franco ou le nucléaire. Par hasard, j'ai découvert
une artiste dans « Libé » qui publiait un petit journal. Marie Morel. J'ai commencé à correspondre avec elle et elle m'a envoyé une enveloppe peinte,
cela a été un déclencheur. Je suis passé du politique uniquement à quelque chose de plus artistique, je faisais aussi de la peinture à l'époque. C'est à partir du moment où je me suis
intéressé au mail art que j'ai découvert Ray Johnson. Il y a une différence entre la correspondance peinte et le mail art. La correspondance peinte existe depuis le début de la poste, Prévert
ou Picasso l'ont pratiquée, mais ça se passe entre deux personnes. Le mail art a un champ extrêmement élargi. On ne sait pas qui va répondre et ça peut venir de partout dans le monde.
Quand a-t-il pris son envol ?
ça s'est vraiment développé dans les années « 70 » en même temps que le pop art. C'est populaire sans être connu. Cela
permet à toute personne de participer en tant qu'« artiste » d'un jour ou d'une semaine à une exposition, avec d'autres artistes reconnus. On ne doit rien à personne, on sort complètement des
schémas habituels. On n'est pas dans le commerce, il n'y a pas de marché du mail art.
Il y a quand même des expositions.
C'est le but de celui qui lance un appel, il reçoit tous les travaux et monte une exposition mais ce n'est pas pour
vendre des œuvres. C'est toujours très surprenant, on voit de tout et des gens viennent parfois de très loin pour découvrir les travaux.
Internet n'a pas tué le phénomène ?
Non, au contraire, Internet a permis d'agrandir le réseau. Cela permet aussi aux artistes d'exposer sur leurs sites les
enveloppes qu'ils ont reçues. Internet permet aussi de renforcer le côté non lucratif du mouvement. Ray Johnson a eu cette idée géniale de faire correspondre tout un tas de gens, de les
mettre en relation. Il n'avait pas la même notion de l'art que les cercles de l'époque. Il a trouvé un moyen de toucher d'autres personnes. Il savait que ses parents ouvriers n'iraient pas
dans les galeries de peinture ou n'achèteraient pas d'œuvre… Il a fait que l'art pouvait être gratuit pour tous.
Vous allez venir voir l'exposition cet été, à Rodez ?
Je ne la raterai pas…
Article trouvé chez Didier. Merci à toi
l'artiste.
Michel Julliard, mail-art et figuration libre
,
par Michel Julliard
Michel Julliard vit à Gissac en Aveyron. Né en
1952 à Paris, il a été éducateur, employé des PTT, ouvrier offsettiste, employé de cuisine, de bureau... Il vit de sa peinture depuis une quinzaine d’années.
Une série de cartes postales de ces images sera bientôt éditée, elles seront à disposition dans divers lieux de
diffusion. Un jeu de cinq de ces cartes sera offert à nos abonnés.
Michel Julliard vient d’ accrocher, pour un mois et demi, une rétrospective de ses œuvres de 1991 à 2008 à
la Maison Carrée Mastigo, 7 place Clémenceau à Rodez (12). Il réalise une peinture figurative, proche de l’écriture puisqu’il travaille à la plume sergent Major. Son thème de prédilection
est la transcription d’un monde utopiste « car, à part l’amitié, la société telle qu’elle est ne me convient pas du tout. J’essaie aussi de dénoncer ce qui me déplaît ». Et sa
principale nourriture artistique vient des rencontres et des échanges avec des écrivains et des poètes comme Andrée Chédid. Dans un même temps, Michel
Julliard expose aussi ses œuvres récentes au Manoir Saint-Félix où le vernissage aura lieu le dimanche 22 mai lors d’un casse -croûte musical. Autre
vernissage ce samedi à 18 h 30 à la Maison Carrée Mastigo.
Un grand merci à Philippe Macary pour l’extrait de "Correspondances", un documentaire à découvrir en intégralité
à cette adresse : http://philippe-macary.blogspot.com/
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Reproductions photos Jean-Michel Deslettres